La Transhumance = Le Voyage
Une fois le round-up terminé, c'est le départ . Il faut souvent quelques jours pour que les animaux démarrent le temps qu'ils s'habituent à leurs meneurs . Il va falloir faire avancer une masse mouvante et imprévisible composée d'environ de 3000 bêtes, qui s'étire sur des kilomètres de long et souvent quelques centaines de mètres de large, le tout pas trop vite pour ne pas les fatiguer, mais pas trop lentement non plus afin d'éviter leur dispersion .
La distance parcourue varie de 20 à 40 kilomètres par jour. Le chemin est guidé par les points d'eau où l'on peut s'arrêter pour faire paître le troupeau. Il existe deux pistes principales : la Old Chisholm Trail " route des rivières " et la Western Trail, plus à l'Ouest qui passe par Dodge City .
L'équipe est constituée d'une dizaine de cow-boys dirigés par un chef, le boss " chef de piste " . ce dernier est responsable du troupeau, et il doit contenir les débordements d'humeur de ses hommes que la pénibilité et la monotonie du travail rendent bien souvent agressifs. Il connaît la piste, les points d'eau et les passages à gué. A celà s'ajoutent le cuisinier et le guide indien qui ouvrent la route avec un peu d'avance .
La piste ne manque pas de dangers, mais les plus grands risques ne sont pas toujours ceux auquels on s'attend. Le risque indien tant exploité par le cinéma existe, mais il est de très loin moins fréquent et moins grave que les problèmes liés aux troupeau lui-même . Souvent, le don d'une bête comme péage pour la traversée d'une réserve apaise bien des querelles .
Les voleurs de bétails ou les fermiers irascibles posent parfois problème, mais en fait, le grand danger que craint le cow-boy survient lorsque la nuit tombe. Dès lors, une attention de tous les instants devient nécessaire afin d 'éviter un drame. En effet, le moindre cliquetis, le moindre hurlement de coyote ou un orage ( très violent dans les Grandes Plaines ) peut faire peur au troupeau : c'est alors la grande crainte des cow-boys, le troupeau fonce droit devant lui: c'est le stampede. Il vaut mieux alors ne pas être sur son chemin, et passer d'un enfer à l'autre ) selon l'expression du temps. On essaie alors de calmer le troupeau par un vaste mouvement circulaire. Lors d'un orage près de Dodge City, un trail boss explique qu'il fallut une semaine pour retrouver les bêtes. Un autre, E.C.Abbott, raconte qu'en 1882, "il y eut un orage qui tua quatorze têtes de bêtail, six ou sept chevaux et deux hommes ". Parfois, c'est l'incendie de la prairie qui peut se transformer en drame, ou la foudre qui frappe les cavaliers sur leur monture. La traversée des rivières ou des fleuves prend légalement l'allure d'un défi: parfois, il faut près de trois jours avant que le troupeau ne veuille s'y engager, lorsqu'il ne fait pas demi-tour spontanément. Dans les cours d'eau les plus profonds, les cow-boys nagent devant leurs chevaux, suivis du troupeau, mais un instant d'inattention peut tout faire basculer: nombreuses furent les noyades de bêtes mais aussi celles des hommes qui les accompagnaient. Parfois, à l'inverse, l'eau manque cruellement. Si on ajoute à cela la piqùre mortelle de la sconte hydrophobe ou les attaques des loups, on s'apercoit sans difficulté que le plus grand ennemi du cow-boy, c'est loin l'indien: c'est la nature .
Statue de Charles Goodnigth ( Texas ) au delà de toutes ces péripéties qui font de ce métier une réelle aventure, il y a cependant la routine, les journées à suivre le troupeau dans la poussière, ou sous des pluies torrentielles, avec pour seul horizon la prairie à perte de vue. Pendant la journée, deux " pointeurs " , souvent les cow-boys les plus expérimentés, mènent le troupeau et trouve le chemin : il leur faut éviter les autres troupeaux, les villes et toute chose qui pourrait nuire à la bonne avancé des animaux. Sur les côtés, les flancs-gardes et à l'arrière les drag-riders sont chargés de ramener les égarés, places considérées comme plutôt dégradantes. Le soir, on soigne les chevaux, on coupe du bois puis on prend son tour de garde avant de prendre quelques heures de sommeil. Et le lendemain arrive une journée différente mais pourtant si semblable à la précédente. Les distractions sont inexistantes: en effet, le troupeau prend soin d'éviter les centres urbains et l'alcool est interdit. Parfois, en cas d'alerte, les cow-boys peuvent rester enselle à ch trois jours sans discontinuer pour préserver la sureté du troupeau .
le chuck wagon emmène les provisions: la route est longue et sur les 1000 km, elle ne comporte qu'une seule épicerie. On mange des biscuits, du bacon, du café, des fruits séchés, avec parfois pour améliorer l'ordinaire du gibier ou un boeuf du troupeau que l'on a dù abattre. Avec une nourriture si monotone, le cuisinier n'est pas très bien placé dans le coeur des cow-boys qui dans leurs récits lui donnent une place peu enviable. Cette image s'est perpétuée jusque dans les westerns où il est souvent l'archétype du " pauvre type " .